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A la découverte d’autres frontières

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Quand deux étudiantes en journalisme tentent de trouver des mariages
transfrontaliers à la limite de la Turquie et de la Syrie, elles y
trouvent d’autres frontières, parfois bien plus rigides…

Partir assister à des mariages Turco-Syriens
Camille et Anne-Fleur se connaissent depuis deux ans. Elles se sont
rencontrées pendant leur prépa journalisme pour étudiants boursiers (La chance aux concours) avant d’intégrer chacune une école différente : l’IPJ pour Camille, l’IFP pour Anne-Fleur.
Cette dernière a habité en Turquie en 2005 et y avait entendu parler de ce singulier morceau de frontière, bordant la bande de terre Syrienne rétrocédée à la Turquie par la France en 1939, qui s’ouvre lors des Aïds et qui permet alors, entre autres, de célébrer des mariages transfrontaliers.
Fortes d’une grande envie de travailler ensemble de façon (quasi) professionnelle, les deux futures journalistes ont voulu aller explorer ces frontières. N’ayant toutefois pas de fonds propres, elles sont alors parties à la recherche des différentes subventions existantes et ont fini par décrocher une bourse Paris Jeune Aventures qui leur a permis de payer leur voyage mais aussi de s’équiper en matériel avant d’aller à la recherche de futurs mariés transfrontaliers.

La Syrie, une terre à part
Camille et Anne-Fleur ont l’habitude de voyager, y compris au Moyen-Orient, mais leur périple a été compliqué : deux filles, européennes, jeunes, en Syrie et hors des sentiers touristiques… elles ont senti les regards lourds des hommes sur leurs corps non cachés par les voiles intégraux (sans même un grillage) que porte la majorité des femmes là-bas. Elles ont porté le foulard, se sont fait suivre dans la rue et se sont fait « quelques petites peurs ».
Mais ce n’est pas ce qui a été le plus compliqué pour elles : « le plus dur là-bas a été de ne pas avoir eu le droit de faire du journalisme » dit Anne-Fleur.
Effectivement, en Syrie, elles ont fait la connaissance des Mouhabarats, les services de renseignements du gouvernement, parfois de simples villageois croisés aux abords de la Mosquée locale. Elles ont été suivies et interrogées et ont préféré changer de région plutôt que, comme cela est arrivé à d’autres journalistes occidentaux, disparaitre sans laisser de traces 7 jours durant. Surtout que les deux étudiantes sont parties avec de simples visas de touristes, n’ayant jamais eu de réponse à leur demande d’autorisation de recherche.

Les autres frontières
Arrivées sur place, Anne-Fleur et Camille ont trouvé bien plus que la frontière géographique contestée entre la Turquie et la Syrie pour laquelle elles étaient parties ainsi que ses mariages transfrontaliers. Auxquels elles n’ont finalement pas assisté.
Elles ont aussi trouvé des frontières religieuses et ethnico-politiques en rencontrant des Turques, des Syriens, des Arméniens, des Kurdes, des musulmans et des chrétiens. Ou bien la frontière hommes-femmes, si choquante lorsqu’elles se promenaient dans Alep, comme cette fois où elles cherchaient leur chemin et que, s’adressant à une femme seule dans la rue, c’est un homme qui est venu les rejoindre pour répondre à leur question.
Elles ont aussi croisé la frontière entre modernité et tradition, objet de nombreux débats tant au Moyen-Orient qu’en Occident, et si typique de ces pays qui s’ouvrent tant bien que mal sur l’ouest tout en tentant de conserver au mieux leurs racines. « On s’est retrouvé dans des quartiers de Damas avec des franco-syriens rencontrés là-bas où tout le monde boit de la bière et où les gens racontent des poèmes et font de la musique et, à côté de ça, des villages où tout le monde voyage dans une espèce de camion où on est dix à l’arrière et où on mange par terre avec une cuillère pour tout le monde ».

4 mariages, aucun journaliste
Au milieu de tout ça, les étudiantes ont tout de même assisté à 4 mariages kurdes. Comme elles le racontent sur leur site, elles ont été marquées par ce mariage à l’épousé absent, parti en Grèce pour trouver du travail et dont la nouvelle femme a passé l’intégralité de la cérémonie seule sur une estrade pendant que les invités dansaient, hommes et femmes séparés, bien sur.
Camille et Anne-Fleur ont beaucoup cherché ces fameux mariages turco-syriens. Une fois sur la frontière, elles ont fait le tour des villages alentours et ont interrogé maires et imams afin de savoir si de tels mariages allaient avoir prochainement lieu. Malheureusement, elles se sont heurtées à des problèmes de timing, au fait que les villages dans lesquels elles se trouvaient soient pauvres et que, par conséquent, les gens résidant là-bas n’ont pas les moyens de se payer de tels mariages, aussi au simple fait qu’avec l’ouverture progressive de la frontière, le nombre de mariages de ce type recule (plus besoin de se marier ailleurs pour vivre mieux) mais surtout, aux Mouhabarats.
« Ce qui m’a choqué en Syrie, c’est cette impossibilité de raconter ce qu’il s’y passe ». En effet, se faire suivre pour une simple enquête sur les mariages est assez symptomatique de la façon dont l’état Syrien perçoit les journalistes et, notamment, les occidentaux.

Si les deux apprenties journalistes ne devaient retenir qu’une chose de leur voyage, ça serait cette rencontre avec les services de renseignements. Si elles ne devaient passer qu’un message aux autres étudiants, ça serait qu’en y travaillant dur, même sans moyens au départ, on peut arriver à vivre des aventures hors du commun, sur d’autres frontières…

Aux frontières Syriennes, le site http://auxfrontieres.free.fr
Aux frontières Syriennes, l’expo

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