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Etudiants en cirque, étudiants en piste
Publié le : 10 février 2010 | Classé dans Vie étudiante
0 Un petit chapiteau qui pointe vers le ciel bleu-gris. Plus loin, une dizaine de caravanes, alignées en rang d’oignon. Dans chacune de ces petites caravanes, l’univers d’un étudiant du Centre National des Arts du Cirque. Ils sont seize. Venus d’horizons divers, mais avec une même passion, celle du cirque. Nous retrouvons Coline, Julie, Matthieu, Jérôme et les autres dans leur foyer à la Villette. Un grand préfabriqué confortable qui fait office de cuisine, salon, salle à manger.
Tournée de fin d’études
Jusqu’au mois de décembre 2009, le QG des seize jeunes circassiens, c’étaient les locaux du Centre National des Arts du Cirque (Cnac) à Châlons-en-Champagne. En janvier et février 2010, c’est au Parc de la Villette qu’ils ont posé leurs caravanes. Ils y jouent leur spectacle de fin d’études, Urban Rabbits, mis en piste par le metteur en scène hongrois Árpád Schilling.
Bien qu’ils aient tous déjà joué en public, que ce soit durant les deux années passées à Châlons ou dans leur vie d’avant, les représentations à la Villette représentent un grand saut en avant. Pour la première fois, ils jouent devant un public d’inconnus. Pour la première fois, ils sont professionnels. La tournée de leur spectacle de fin d’études apparaît comme un sas de professionnalisation. Entre janvier et août, ils installeront leur chapiteau à Paris, Reims mais aussi en Italie, Roumanie, Hongrie, Serbie, à Malte…. « On nous a servi la tournée sur un plateau d’argent, se réjouit Julie. Après, quand il faudra le faire nous-mêmes, ce sera plus difficile ! Je trouve ça marrant de nous imaginer avec les camions sur les routes. Je ne sais pas si on aura la chance de bosser sous chapiteau par la suite, c’est rare maintenant dans le cirque contemporain. »
Quand je serai grand, je ferai du cirque
La vie en caravane, les voyages sur les routes, les représentations sous chapiteau… Un imaginaire ancré dans nos esprits lorsqu’on évoque le cirque. Ce n’est pourtant pas ce qui a le plus attiré les étudiants. Les notions de performance artistique, de spectacle leur parlent plus. Certains ont développé très tôt le goût du spectacle et de l’acrobatie : « j’ai commencé à 6 ans à l’école de loisirs d’Avignon », raconte Matthieu. D’autres à l’adolescence, comme Coline : « j’ai fait de la gym, un peu de théâtre puis j’ai fait du cirque toute seule pendant deux ans. Il n’y avait pas d’école de cirque là où j’habitais, à Cahors. » D’autres encore ont eu plus tard la révélation circassienne : « Je faisais des études d’archi, en BTS, explique Julie. Ça a commencé par un livre sur le cirque. Je me suis dit "Ah ça a l’air cool !" J’avais fait de la gym étant petite. Après mon BTS, j’ai tenté le cirque. »
Avant d’entrer au Cnac, tous ont suivi une prépa d’un an : une formation professionnelle de cirque à Montpellier pour Matthieu, une prépa à Chambéry puis à Turin pour Coline, à Lyon pour Julie. Un certain nombre d’étudiants, comme Jérôme, ont fait auparavant une prépa puis l’Ecole Nationale des Arts du Cirque de Rosny-sous-Bois (qui délivre après 2 ans d’études le Brevet Artistique des Techniques de Cirque, le Cnac quant à lui délivre le Diplôme des Métiers des Arts du Cirque).
Les candidats au concours d’entrée du Cnac doivent présenter une spécialité, l’école ayant pour but de se perfectionner dans sa discipline de prédilection et de proposer par la suite cette spécialité aux compagnies de cirque. Les prépas permettent à chacun de définir la discipline qui lui convient le mieux. Le mât chinois pour Matthieu, la corde lisse pour Coline, l’acrobatie au sol pour Julie et les sangles pour Jérôme. « Le jury du concours d’entrée sélectionne un potentiel, explique Coline. Ils font des paris artistiques et techniques ». « Ils demandent aussi une ouverture sur le théâtre, la danse, la musique », ajoute Matthieu.
Une vie d’étudiant en cirque
Durant leurs deux années à Châlons, les étudiants vivent selon leurs préférences, soit en appart, soit en caravane. « Il y en a pleins qui vivent à la ferme, un lieu ouvert par un couple de paysans. Ils logent en caravane mais ont des supers locaux à côté (cuisines, sanitaires) ». Cette vie en commun crée des affinités… et peut parfois s’avérer un peu pesante lorsque le besoin de solitude se fait sentir.
Les journées à l’école se découpent en demi-journées. « Tous les matins, on travaille notre spécialité, en cours particuliers. Les après-midis, la promo est réunie pour les stages de danse, théâtre, musique, culture générale... On a aussi des projections, des réunions, des spectacles, des ateliers d’écriture avec un artiste. » L’évaluation se fait à travers une présentation individuelle, trois fois par an. « À la fin de la 2e année, on a un jury technique. Dix professionnels extérieurs nous jugent sur un numéro qu’on fait. Ils notent la technique, l’écriture, l’univers. »
Être étudiant dans une école de cirque nécessite un travail acharné pour améliorer sans cesse sa technique. « On ne peut pas vraiment s’arrêter. Il faut s’entraîner tous les jours ou au minimum un jour sur deux. » Durant la tournée de Urban Rabbits, ils jouent 5 soirs sur 7 et s’entraînent la journée une demi-heure à une heure. « Mais il faut faire attention à ne pas tomber dans la surfatigue, il faut trouver un juste milieu. » Pointe alors la peur de la blessure, qui viendrait ébranler les représentations à venir. « À l’école, on était dans un rythme de progression, maintenant on essaie de tenir notre niveau. On est tous à 80% de notre niveau en entraînement. C’est une étape difficile quand on sort de l’école : on bossait des figures puis on doit les abandonner le temps de la tournée. C’est important de continuer à les travailler pour pouvoir les faire sur un prochain projet. On doit arriver à être satisfaits de ce qu’on fait. »
Le CNAC, et après ?
Ils ont aujourd’hui 21, 23, 24 ans… et vont bientôt se lancer sur le chemin de la vie d’artiste pro. Les étudiants du Cnac se reconvertissent assez peu en général. 90% des anciens de l’école sont toujours circassiens. La majorité d’entre eux a créé une ou plusieurs compagnies depuis sa sortie (citons entre autres parmi les plus connues : Les Nouveaux Nez, Cirque Ici, les Arts Sauts…).
Les étudiants de la 21ème promo ont pour certains une idée bien précise de ce qu’ils feront après la tournée de fin d’études, pour d’autres c’est plus flou. Matthieu se lancera dans « une création avec deux chorégraphes et un projet avec Julie, Marion et Vassil, de la promo. » Jérôme a lui aussi un projet avec un collègue de promo, Jean, « mais on se laisse du temps. J’aimerais aussi avoir une expérience en cirque traditionnel. Après je vais travailler avec la compagnie Arts des Airs. On essaie d’avoir toujours plusieurs projets à la fois. » Pour Coline, se profile une collaboration avec une compagnie de cirque contemporain. Julie avoue « faire l’autruche » : « je prends des contacts avec des compagnies que j’aime bien ». « La tournée nous prend beaucoup de temps, explique Jérôme. Si le projet tombe pile poil à la sortie ce serait génial mais c’est rare. » Leur avenir proche s’éclaircira donc à la fin de la tournée. Quoiqu’il en soit, la carte Cnac leur ouvrira de nombreuses portes, que ce soit dans le cirque ou d’autres arts. Attendons-nous à les revoir en tant que spectateurs, pour notre plus grand bonheur…
photos 1 et 2 : les étudiants de la 21e promotion du Cnac - © P. Cibille
photos 3 et 4 : spectacle Urban Rabbits - © P. Cibille
photo 5 : le chapiteau
Les étudiants de la 21e promotion du Cnac :
Rémy Bénard Roue > Cyr / saxo
Kilian Caso > Fil / trompette
Jean Charmillot > Fil / accordéon
Marion Collé > Fil / accordéon
Damien Droin > Trampo-Fil / guitare
Benoît Fauchier > Acrobatie sur engin / contrebasse
Joris Frigerio > Portés acrobatiques / piano
Jérôme Galan > Sangles / clarinette
Coline Garcia > Corde lisse /tuba
Matthieu Gary > Mât chinois / batterie / accordéon
Fragan Gehlker > Corde lisse
Sam Hannes > Cadre aérien
Audrey Louwet > Cadre aérien / percussions
Matthieu Renevret > Portés acrobatiques / clarinette
Vasil Tasevski > Acrobatie sur engin / saxo ténor
Julie Tavert > Acrobatie au sol / tuba
UNE INITIATIVE DE...
