MAGAZINE // Festival ICI&DEMAIN
Festival ICI&DEMAIN// RU ou l’amour fusionnel en peinture animée
Publié le : 12 Mars 2010 | Classé dans Festival ICI&DEMAIN
0 On a découvert Florentine Grelier sur le festival ICI&DEMAIN 2007. Elle avait reçu le Prix de la catégorie Courts-métrages pour son film On m’a fait la haine (animation d’objets et de marionnettes). La revoilà cette année avec un très beau film en peinture animée sur l’amour fusionnel, RU (prononcer "rou").
Mi-pro, mi-étudiant
C’est avec plaisir qu’on retrouve cette jeune réalisatrice volubile et passionnée. Après trois ans passés sur son film, Florentine a beaucoup de choses à raconter.
RU a été réalisé dans le cadre du Master Arts du spectacle - Cinéma et Audiovisuel, Spécialité Réalisation et création, à l’Université Paris 8, qu’elle a fini (tout comme son film) en septembre 2009. « Le but du Master c’est de faire un film dans des conditions professionnelles. C’est le film qui valide le diplôme en grande partie.»
Les étudiants sont notamment poussés à rechercher un producteur. « Théoriquement j’aurais dû démarcher les boîtes de prod’ mais j’avais un peu peur de montrer mon dossier, c’est assez dur de se confronter à ça. Finalement, ce sont les producteurs qui sont venus à moi. J’ai eu de la chance ! ». Nara Keo Kosal, des Sentinelles Eternelles, boîte de production spécialisée dans la prise de vue réelle, découvre son projet sur Internet et lui propose de l’aider. Plus tard, Olivier Catherin (ancien de l’Afca - Association Française du Cinéma d’Animation), co-fondateur de la boîte de prod’ Les Trois Ours, décide de produire RU.
Grâce à ses producteurs, Florentine a reçu un soutien à la fois moral et logistique : location d’un local avec banc-titre, accès aux bancs-titres des Gobelins - l’école de l’image, envoi du film dans les festivals, étalonnage, kinescopage… « Le kinescopage, c’était une sorte de récompense. Le film peut maintenant avoir une bonne visibilité avec la copie en 35 mm. »
Après autant de travail, difficile pour Florentine de considérer son film comme un simple film de fin d’études. « C’est un peu entre le film professionnel et le film de fin d’études. J’ai fait tout ce qu’il fallait pour faire un court-métrage de façon professionnelle, sauf que je n’ai pas eu de budget ! Ça reste un film d’étudiant parce qu’il est fait en partie par des étudiants. »
Animation à quatre mains… voire plus
RU a été réalisé avec la technique de la peinture animée, sur un banc-titre : un appareil photo prend les images originales une par une, à la verticale. Les éléments du film (personnages, décors…) sont ensuite assemblés dans le logiciel After Effects. C’est le compositing.
Il y a trois écritures plastiques différentes dans le film (cf. extrait du film ci-dessous : les trois styles graphiques s’enchaînent) : un style abstrait rappelant l’idée de matière / un style plus imaginaire, qui joue sur les transformations, où le couple est peint sur fond noir / un style plus réaliste où l’on voit les personnages dans leur vie quotidienne*. Pour ce dernier, Florentine a travaillé à quatre mains avec Julien Laval, alors étudiant en 4ème année de l’ENSAD, dans la section Animation. « Je ne me sentais pas de faire ces parties-là, parce que je suis moins technicienne. Il fallait trouver quelqu’un qui soit assez bon pour que ça ne fasse pas bricolé, mal animé. Julien a accepté de faire son stage sur mon film. Je suis tombée sur la bonne personne. »
« Julien a fait les personnages en peinture animée sur fond vert. Ils ont ensuite été transférés dans mes décors, des tableaux au format A3 scannés. Les visages ont été ajoutés après sur After Effects. Il y a eu beaucoup de compositing parce qu’il fallait rajouter les visages et les vêtements, et tout ce qui est animation secondaire (l’interaction avec le décor : les portes qui s’ouvrent, etc.). Pour ça, j’avais des « petites mains », des amis de DMA** à qui j’ai demandé de faire un peu de sous-traitance. Par exemple pour les vêtements, c’est de l’image par image (je tamponnais sur Photoshop avec du tissu scanné) parce que je
voulais vraiment qu’il y ait une vibration, quelque chose de très vivant. »
« Ça reste un style qui m’est propre, malgré le fait que pleins de gens aient travaillé dessus, parce qu’au final, dans After Effects, c’est moi qui ai fini par tout compositer, j’ai mis les personnages dans les décors, rajouté les lumières pour que ce soit raccord entre les personnages et le décor, etc. Rien que le compositing, ça a demandé 4, 5 mois de travail. »
Du scénario à l’étalonnage, la réalisation du film aura duré trois ans. Le travail d’animation à plusieurs a permis à Florentine d’apprendre le métier de réalisateur, notamment savoir déléguer et exprimer ce qu’on veut. « Déjà il faut savoir où on va, ce qui n’est pas forcément tout le temps évident, pour pouvoir bien le transmettre aux personnes avec qui tu travailles. Malgré tout, travailler avec une équipe c’est très enrichissant. »
Entre osmose amoureuse et incompréhensions
Le film nous emmène dans la vie quotidienne et dans l’esprit confus d’une jeune amoureuse « qui aimerait tout connaître de son homme » mais doit « accepter qu’elle ne pourra pas tout savoir ». L’amour fusionnel est un thème cher à Florentine, on le retrouvait déjà dans son premier film. « Cette thématique était très présente dans ma vie quotidienne donc j’ai décidé qu’il fallait que j’en fasse un film. J’ai fait un peu un film thérapie. J’aurais pu faire quelque chose de plus documentaire, demander à différents couples leurs ressentis. Mais je me suis assez rapidement dit que c’est en partant de mon expérience personnelle que ça serait le plus juste et que j’allais toucher les gens. »
Elle s’est ainsi inspirée de sa relation avec son compagnon, « volant » de ci de là des phrases de leurs conversations. RU n’est pas pour autant purement autobiographique : « le film part de ma vie mais c’est beaucoup retravaillé. » « Maintenant, le film appartient au spectateur, ce n’est plus mon histoire. D’ailleurs, "ru", qui était un petit mot que nous on disait, on ne le dit plus, c’est un peu comme si on l’avait donné au film. Je suis partie de ce petit mot-là que je trouvais amusant, assez symbolique. »
Que signifie d’ailleurs ce "ru" ? « Normalement, "ru", ça ne veut pas dire quelque chose de précis, c’est comme les "miaou" du chat. C’est pour ça que dans le film l’homme est un peu comparé au chat, parce qu’il est doux, il ne parle pas mais il fait des bruits bizarres. L’idée c’était que c’était un langage un peu primitif, comme tous les amoureux j’imagine ont un langage à eux. »
La plupart des spectateurs louent la qualité artistique et graphique du film. Pour ce qui est de l’histoire, les avis sont partagés. « En fait, ou les gens comprennent le film parce qu’ils l’ont vécu, ou ils en font un rejet parce qu’ils trouvent que c’est une version trop idéalisée et naïve. Généralement c’est ou on aime ou on n’aime pas. Malheureusement, généralement, les plus vieux n’aiment pas. J’imagine qu’ils ont eu des déconvenues et que ça leur parle moins. C’est vrai ça peut paraître naïf, mais bon je le revendique. Je suis jeune, donc pour l’instant j’y crois, c’est ma version de l’amour ! »
Finies les études, bonjour la vie active
RU a été programmé au festival Premiers plans d’Angers et le sera dans d’autres festivals au Bénin, à Rome, en République tchèque (Anifest)… et d’autres à venir. ICI&DEMAIN, Florentine y tenait : « C’est moi qui ai demandé à mes producteurs d’envoyer le film à ICI&DEMAIN, qui n’est pas dans les listes habituelles des productions. Comme c’est à ICI&DEMAIN que j’ai gagné mon premier prix et ma première sélection de toute ma vie, j’y ai attaché une importance. »
La vie qu’on appelle "active" a commencé pour elle en octobre. « Depuis que j’ai fini mon Master je fais des ateliers d’initiation au cinéma d’animation, plus souvent pour les enfants. Ca me plaît parce que c’est très créatif, c’est ce qui se rapproche le plus de la réalisation. Par contre, pour l’instant, je ne gagne pas très bien ma vie. Généralement, quand on fait de l’animation, on est intermittent, on travaille dans la série animée. Ça me faisait un peu peur parce que je me sens plus réalisatrice que technicienne et puis j’avais peur de ne plus vouloir faire d’animation en rentrant chez moi. Idéalement je préfèrerais continuer les ateliers et, après, si RU tourne bien en festivals, faire des commandes : des clips, des pubs… C’est ce qui me plairait. »
EXTRAIT DU FILM :
Ru, extrait from Les Trois Ours on Vimeo.
Réal. : Florentine Grelier / 2009 / 9 min / France / Prod. : Les Trois Ours & Les Sentinelles Eternelles
_______________________
* On retrouve aussi des éléments en prise de vue réelle, comme la lava
lampe, la lampe avec les bulles rouges qui est dans leur chambre,
filmée au caméscope.
** Florentine a obtenu en 2006 un DMA (Diplôme des Métiers d’Art) en Cinéma d’Animation à l’Institut Sainte-Geneviève, c’est dans ce cadre qu’elle a réalisé On m’a fait la haine. C’est dans cette école aussi que Rémy Schaepman, Prix ICI&DEMAIN 2008 de la catégorie Courts-métrages, a réalisé Quidam Dégomme. Il est actuellement étudiant aux Gobelins.
_____________________
PROJECTIONS DES COURTS-MÉTRAGES ICI&DEMAIN :
le 10 mars au Forum des images à 19h
le 12 mars à La loge à 21h
le 13 mars au cinéma Le Lucernaire à 11h
le 13 mars à la CIUP (Fondation Biermans-Lapôtre) à 18h
le 14 mars à la CIUP (Fondation Biermans-Lapôtre) à 18h30

RU AU FORUM DES IMAGES :
Carte blanche Les Trois Ours au Forum des images le 26 mars à 20h. RU y sera projeté.
A 18h, panorama de films de fin d’études des écoles françaises de cinéma d’animation.
Entrée libre.
UNE INITIATIVE DE...
